Au XIXème siècle, Berlin grandit et se transforme, comme beaucoup de villes en Europe et en Amérique du Nord. Je
vous en parlais il y a peu : "La ville comptait en effet seulement 419 000 habitants en 1850, mais 1, 9 millions en 1910 et plus de 4,2 millions à la veille de la Seconde Guerre mondiale. L'ancienne capitale de la Prusse, fondée au Moyen Age, a connu une première croissance suite à l'arrivée de nombreux protestants français quittant leur pays après la révocation de l'Edit de Nantes en 1685. A la fin du XVIIème siècle, les "Huguenots" comptent ainsi pour un quart de la population de la ville (comme en témoigne le Französicher Dom édifié en 1705). Devenue
capitale du Reich Allemand à partir de 1871, la ville voit sa population augmenter proportionnellement à ses fonctions politiques et culturelles."
En 1862, un
plan d'urbanisme, établi par l'ingénieur James Hobrecht, prévoit une vaste transformation de la capitale de la Prusse, un peu à l'image du
Paris d'Haussmann. Il reprend certaines idées du plan précédent, établi par Peter Joseph Lenné pour le quartier de Luisenstadt à Kreuzberg en 1841 (quadrillage des rues, petites places, parcs, boulevards). Il prévoit aussi des
immeubles de quatre étages dans lesquels se mélangeraient les classes sociales, ce que la spéculation empêche très vite. La mixité prévue sur la rue laisse en effet la place à une répartition bien différente. Des cours successives et étroites s'enchainent derrière l'immeuble de façade (
Vorderhaus) où logent les familles les plus aisées de l'ensemble. On retrouve cette séparation aujourd'hui, notamment sur les interphones...

Autour des cours arrières, des
familles très modestes logent dans des appartements

sombres et insalubres. On parle alors de
"caserne locative" tant le nombre de personnes est important et la surface dont dispose chacune faible (combles et caves sont utilisés à des fins de logement). Des immeubles se trouvent donc également sur le côté de la cour (
Seitenflügel). D'autres immeubles sont parallèles à la rue après une première cours (
Quergebaüde). Au fond des cours, on trouve le plus souvent des
ateliers (
Gewerbehöfe).
[Photo ci-contre : Intérieur d'une famille d'ouvriers allemands au début du XXème siècle.]
Vu en coupe, cela donne après ce que vous voyez sur cette maquette qui se trouve dans l'excellent
Musée de l'Histoire Allemande à Berlin. Il ne manque que l'immeuble latéral perpendiculaire à la rue.


Voici, à travers quelques clichés, un exemple tel qu'il se présente aujourd'hui. Il s'agit d'un îlot dans le quartier de
Prenzlauer Berg. Le quartier était situé dans Berlin-Est, non loin du mur. Il est aujourd'hui en pleine rénovation et constitue l'un des quartiers les plus attractifs et les plus animés du nouveau Berlin d'après la réunification. Sur Googlemaps, on voit bien la structure de l'îlot et l'enchainement des cours qui, finalement, se rejoignent entre elles.

Voici la façade principale, plutôt bourgeoise, sur la rue :

Une fois passée la porte cochère, on voit ici l'arrière de l'immeuble de la façade (
Vorderhaus) et le bâtiment latéral (
Seitenflügel).

Après avoir passé la première cour et les ateliers, on se retrouve dans un espace le plus souvent arboré qui est commun à l'ensemble de l'îlot et qui sert de
jardin. Du temps de la RDA, ces espaces ont parfois constitué des enclaves de liberté à l'abri des regards indiscrets de la Stasi, notamment pour les artistes.


[Photographies : E. et B. Augris, Droits réservés]